Domotique

Home Assistant Cloud devient « Link » : ce que l’abonnement fait vraiment quand la maison tourne chez vous

Nabu Casa rebaptise son abonnement parce que le mot « cloud » trompait ses propres clients. L’occasion de regarder ce qui sort réellement de la maison quand on paie, et ce qui n’en sort jamais.

Une maison en coupe, la nuit, au bord d'un lac de montagne. Au centre, un boîtier domotique relié aux lampes, capteurs, prises et caméras. Vers la droite, un faisceau lumineux traverse un cadenas et rejoint un nuage, un téléphone qui affiche l'application et une enceinte connectée.
Illustration générée par IA.

Vous expliquez à un ami que votre maison connectée fonctionne sans Internet. Il ouvre l’application, fait défiler les réglages et tombe sur une ligne intitulée « Home Assistant Cloud ». Il vous regarde avec un petit sourire : « Sans Internet, vraiment ? »

La scène n’a rien d’inventé. C’est précisément la raison que donne Nabu Casa, l’entreprise qui édite ce service, pour le rebaptiser. Le 2 octobre, elle a annoncé que « Home Assistant Cloud » s’appellera désormais « Home Assistant Link ». Trop de gens, explique-t-elle, croyaient que Home Assistant tournait sur ses serveurs, alors qu’il tourne toujours chez vous.

Changer un nom ne change pas un logiciel. Mais l’épisode pose une bonne question, que beaucoup d’abonnés ne se sont jamais vraiment posée : quand on paie cet abonnement, qu’est-ce qui sort de la maison, et qu’est-ce qui n’en sort jamais ?

Un mot qui a mal vieilli

Le service existe depuis 2018. À l’époque, « cloud » sonnait moderne et pratique. Huit ans plus tard, le mot traîne une autre réputation : celle des appareils qui cessent de fonctionner quand leur fabricant ferme ses serveurs, et de la surveillance publicitaire. Nabu Casa le dit sans détour dans son annonce, en accusant les grandes plateformes d’avoir abîmé le terme.

Il y avait aussi une contradiction gênante. Le projet Home Assistant passe une bonne partie de son temps à conseiller d’éviter les objets qui dépendent du cloud de leur fabricant. Vendre en parallèle un produit appelé « Cloud » brouillait le message.

Le nouveau nom décrit mieux la fonction. Un « lien » relie deux endroits, il ne remplace ni l’un ni l’autre. Pensez à un service de réexpédition du courrier : vous continuez d’habiter à la même adresse, et le service se contente de faire suivre ce qui doit vous parvenir quand vous êtes ailleurs. Si vous résiliez, la maison ne déménage pas.

Un lien, c’est un passage, pas un endroit où l’on s’installe.

Le changement de nom n’est pas immédiat. Selon l’annonce, il prendra effet avec la version 2026.12 de Home Assistant, en décembre, et la communauté peut d’ici là donner son avis.

Ce que l’abonnement fait, ligne par ligne

Sur le papier, la liste est courte. En pratique, chaque ligne recouvre un travail que vous pourriez faire vous-même, avec plus ou moins de peine.

Joindre la maison depuis l’extérieur

C’est la fonction la plus utilisée. Depuis votre téléphone, au bureau ou en vacances, vous ouvrez Home Assistant comme si vous étiez dans le salon, sans rien régler sur votre box.

Le problème qu’elle résout est simple à décrire. Votre box Internet agit comme un portier qui laisse sortir tout le monde mais ne laisse entrer personne sans consigne. Pour joindre la maison depuis l’extérieur, il faut soit donner une consigne au portier (ouvrir un port, c’est-à-dire une porte numérotée vers une machine précise), soit que la maison appelle elle-même vers l’extérieur et garde la ligne ouverte. L’abonnement choisit la seconde voie : votre Home Assistant établit une connexion sortante vers un relais de Nabu Casa, et votre téléphone passe par ce relais.

Le point intéressant, c’est ce que le relais peut lire. La réponse courte : l’adresse sur l’enveloppe, pas la lettre. Le logiciel qui fait ce travail, publié en open source sous le nom de SniTun, transporte des connexions chiffrées de bout en bout entre votre téléphone et votre Home Assistant. Le relais voit à quelle maison la connexion est destinée, grâce à une étiquette qui voyage en clair au début de chaque connexion chiffrée1, et il fait suivre. Le contenu, lui, reste illisible pour lui.

Pour les curieux : comment le relais sait à qui faire suivre

Le mécanisme repose sur une particularité de TLS, le protocole qui met le « s » à « https ». Au tout début d’une connexion, avant que le chiffrement ne démarre, le navigateur annonce le nom du site qu’il veut joindre. C’est le champ SNI (Server Name Indication). Il existe pour qu’un même serveur puisse héberger plusieurs sites et sache lequel présenter.

SniTun se sert de ce nom comme d’un aiguillage. Votre Home Assistant maintient une connexion permanente vers le relais, dans laquelle plusieurs conversations circulent en parallèle (on parle de multiplexage). Quand votre téléphone se présente avec le nom de votre maison, le relais glisse la connexion dans le bon tuyau, sans la déchiffrer. La négociation TLS se fait de bout en bout, entre le téléphone et la machine de votre placard.

Pour qu’un intrus ne puisse pas se faire passer pour votre maison auprès du relais, Home Assistant doit d’abord obtenir un jeton auprès d’un serveur d’autorisation (le « session master »), puis prouver au relais qu’il détient la bonne clé par un échange de type défi-réponse.

La documentation de Home Assistant recommande d’ailleurs cette solution comme la plus simple, et liste les autres : un réseau privé virtuel (VPN) comme Tailscale ou ZeroTier, un proxy inverse, ou l’ouverture d’un port sur la box. Cette dernière voie est la plus fragile. Il faut alors gérer soi-même le chiffrement, et certains fournisseurs d’accès partagent une même adresse publique entre plusieurs abonnés (le CG-NAT), ce qui rend la redirection impossible.

Parler à Alexa et à Google

Deuxième ligne de la liste : relier Home Assistant à Alexa ou à Google Home, pour dire « Alexa, éteins le salon » et voir l’ordre arriver chez vous.

Avec l’abonnement, l’opération se règle dans l’interface en quelques clics. Sans lui, c’est un petit chantier. Pour Alexa, il faut un compte développeur Amazon, un compte AWS (le service d’hébergement d’Amazon), une fonction à déployer chez eux, et une instance joignable en HTTPS depuis Internet. Pour Google, un projet dans la console développeur, des identifiants OAuth, une clé de compte de service à déposer dans la configuration, et là aussi un nom de domaine avec un certificat valide.

Un détail mérite d’être rappelé : avec ou sans abonnement, une commande vocale passée à Alexa ou à Google transite par les serveurs d’Amazon ou de Google. C’est leur fonctionnement. L’abonnement ne rend pas Alexa locale, il évite seulement d’exposer soi-même sa maison pour qu’elle puisse lui répondre.

Chez moi, c’est justement l’un des usages qui comptent : j’ai des Echo Dot à la maison pour les commandes vocales, et l’abonnement fait le lien avec Home Assistant sans que j’aie à monter ce chantier.

Garder une copie hors de la maison

Troisième ligne, celle qu’on apprécie surtout le jour où on en a besoin : la sauvegarde hors site. Home Assistant sait produire une sauvegarde complète de sa configuration et de son historique. La documentation conseille d’en garder une copie sur une autre machine, et idéalement une hors de la maison, pour survivre à un incendie, à un vol ou à un disque qui lâche.

L’abonnement offre cette copie distante, avec des limites précises. Une seule sauvegarde est conservée, la plus récente, et elle ne doit pas dépasser 5 Go. Elle est toujours chiffrée, en AES-128, avec une clé qui reste de votre côté : Nabu Casa ne la stocke pas et ne peut rien déchiffrer pour vous.

C’est l’autre raison pour laquelle je paie : je m’en sers pour la gestion des sauvegardes, envoyées sur le cloud de Nabu Casa.

Le reste de la liste

L’abonnement fournit aussi la reconnaissance et la synthèse vocales pour l’assistant vocal de Home Assistant, plus rapides et disponibles dans plus de langues que ce qu’une petite machine de placard sait faire seule, selon Nabu Casa. Depuis la version 2026.9, un nouveau moteur de reconnaissance est en essai dans la section « Labs », annoncé comme meilleur avec les accents, le bruit ambiant et les langues autres que l’anglais. L’éditeur assure que l’audio n’est ni journalisé, ni conservé, ni utilisé pour entraîner des modèles.

S’ajoutent une meilleure diffusion des flux de caméras, des webhooks (des adresses que des services en ligne peuvent appeler pour déclencher une automatisation) et un support assuré par des humains.

Ce qui ne sort jamais de la maison

Voilà pour ce qui traverse le relais. Le reste ne bouge pas, abonnement ou pas.

Ce qui sort de la maison avec l'abonnement : Home Assistant et les appareils restent chez vous. Seuls passent par le relais de Nabu Casa l'accès distant chiffré de bout en bout, les échanges avec Alexa ou Google et la sauvegarde chiffrée. La maison Home Assistantrègles, historique, réglages Les appareilslampes, capteurs, prises Le relaisNabu Casa Votre téléphonehors de chez vous Alexa, Googleordres vocaux Sauvegardeune copie chiffrée tout ceci continue sans abonnement ni Internet
Avec l’abonnement, seuls trois types d’échanges sortent de la maison, et le relais ne lit pas leur contenu. Les règles, l’historique et le dialogue avec les appareils restent chez vous.

Les automatismes, l’historique des capteurs, la liste de vos appareils et leurs réglages vivent sur la machine qui fait tourner Home Assistant. Quand un capteur détecte un mouvement et que la lumière du couloir s’allume, aucun paquet ne quitte le réseau domestique. L’abonnement n’est même pas sur le trajet.

Mon installation en donne une illustration. Home Assistant tourne dans une machine virtuelle, sous HAOS (le système d’exploitation dédié du projet), sur un serveur fait maison qui fonctionne sous Unraid. J’ai déjà eu des coupures d’Internet : tout fonctionne en local, à part deux ou trois intégrations qui passent par le cloud. L’essentiel de la maison continue de tourner hors ligne.

Ces « deux ou trois intégrations » sont le vrai point faible, et il n’a rien à voir avec l’abonnement. Ce sont des appareils dont le fabricant n’a prévu aucun accès local : Home Assistant doit passer par les serveurs de la marque pour leur parler. Couper Internet les coupe, payer Nabu Casa n’y change rien.

J’ai aussi branché le serveur et la box Wi-Fi sur un onduleur, une batterie qui prend le relais quand le courant tombe. Cela me permet de garder un petit peu de contrôle quand il n’y a plus d’électricité. C’est une autre manière de voir la même idée : la domotique dépend d’abord de ce qui se trouve chez vous.

Un nouveau nom, et quoi d’autre ?

Sur le changement de nom lui-même, je n’ai pas trop d’avis. Je ne sais pas si c’est du marketing ou s’il y a vraiment de nouvelles fonctions derrière. La question mérite d’être creusée, et l’annonce permet d’y répondre en partie.

Côté fonctions, elle mentionne une nouvelle page de gestion du compte, un assistant pour régler le service, et un passage à des serveurs dédiés (« bare-metal », c’est-à-dire des machines physiques plutôt que des machines virtuelles louées) pour accélérer l’accès distant. Rien qui change la nature du service : ce sont des améliorations de confort, pas une rupture.

Le reste du texte relève du positionnement. Nabu Casa y répète que le service est facultatif, que les données restent la propriété de l’utilisateur, et que la majorité des bénéfices des abonnements finance l’Open Home Foundation, la fondation à but non lucratif qui soutient le projet. L’annonce ne mentionne aucun changement de prix.

On peut donc lire ce renommage comme les deux à la fois : un geste de communication, assumé comme tel, et une correction honnête d’un nom qui induisait en erreur. Rien dans l’annonce n’indique que le service change de nature le jour de la bascule.

Payer pour un logiciel libre qui fonctionne sans ?

C’est la vraie question. Home Assistant est libre et gratuit, et rien dans l’abonnement n’est indispensable à son fonctionnement. D’après la page de l’intégration sur le site du projet, environ 29 % des installations actives utilisent l’intégration qui le fait fonctionner.

Le tarif affiché est de 6,50 $ par mois ou 65 $ par an, hors taxes, avec un essai de 31 jours sans carte bancaire.

Je me suis déjà posé la question d’arrêter de payer l’abonnement, car j’ai déjà un accès externe à Home Assistant. Je le paie vraiment pour le côté sauvegarde, la praticité et le fait de pouvoir l’intégrer avec Alexa.

Cette réponse résume assez bien le calcul à faire. Chaque fonction a une alternative gratuite, mais chacune demande du temps et un peu de compétence :

  • l’accès distant se remplace par un VPN, à installer et à maintenir sur chaque téléphone de la famille ;
  • la sauvegarde distante, par un NAS chez un proche ou un stockage en ligne, que Home Assistant sait aussi utiliser (Google Drive, OneDrive) ;
  • la liaison avec Alexa ou Google, par la configuration manuelle décrite plus haut, qui demande d’exposer sa maison sur Internet.

Si vous n’utilisez aucun assistant vocal du commerce et que vous avez déjà un VPN, l’intérêt de l’abonnement se réduit à la sauvegarde et au soutien au projet. Si vous avez des enceintes Alexa ou Google dans la maison, il vous épargne la partie la plus pénible du montage.

Reste un argument que les chiffres ne disent pas : l’abonnement est l’une des principales sources de financement de Home Assistant. Payer, c’est aussi payer le logiciel qu’on utilise gratuitement.

Ce que ça demande, honnêtement

L’abonnement simplifie la vie, mais il ne dispense pas de quelques précautions.

La première concerne la clé de chiffrement des sauvegardes. Home Assistant la propose dans un « kit d’urgence » à télécharger et à ranger hors du système, dans un gestionnaire de mots de passe par exemple. Si la machine meurt et que la clé meurt avec elle, la copie distante devient une archive illisible, et Nabu Casa ne pourra rien faire pour vous. C’est le revers d’un chiffrement dont l’éditeur ne détient pas la clé.

La seconde tient à la limite d’une seule sauvegarde. Si une configuration abîmée est sauvegardée pendant la nuit, elle remplace la bonne. Mieux vaut garder d’autres copies ailleurs, sur un NAS par exemple, avec plusieurs versions.

Troisième point, l’accès distant reste une porte. Elle est bien gardée, mais elle n’est utile que quand vous êtes dehors. L’intégration permet de l’ouvrir et de la fermer par une automatisation, par exemple seulement quand personne n’est à la maison. Et un mot de passe solide sur le compte Home Assistant reste indispensable, puisque c’est lui qui protège l’entrée une fois le relais traversé.

Enfin, l’abonnement ne fait rien pour les appareils qui dépendent du cloud de leur fabricant. Si vous voulez une maison qui tient une coupure d’Internet, c’est au moment de l’achat qu’il faut choisir des appareils pilotables en local.

Ce qu’il faut retenir

Le mot « cloud » laissait croire que la maison vivait ailleurs. « Link » dit plus justement ce que fait le service : un passage vers l’extérieur, que l’on emprunte quand on en a besoin. La maison, elle, reste dans le placard, et elle continue de fonctionner le jour où le passage est fermé.

Avant de décider de payer ou d’arrêter, la bonne méthode consiste à passer la liste en revue : qui, chez vous, se sert vraiment de l’accès distant, des assistants vocaux, de la copie hors site ? La réponse dit si l’abonnement vous fait gagner des soirées de configuration, ou s’il sert surtout à soutenir un projet que vous aimez bien. Les deux sont de bonnes raisons.

Notes

  1. Ce champ s’appelle SNI. L’encadré « Pour les curieux » qui suit détaille comment le relais s’en sert. ↩

Pour aller plus loin

fdubeaux

Technicien son, image et réseaux le jour, bricoleur le reste du temps. Une erreur, un avis contraire ? Écrivez-moi, je corrige et je cite.